Police partout…

Ce que Madame Doutretombe aime chez ses amis lesSapeurs-Pompiers de Paris, c’est leur côté militaire, rangé, ordonné, obéissant ! Elle aime l’uniforme, les médailles, et les grades … Elle exige que le monde la respecte, et comme ce n’est pas le cas, elle se cache derrière de faux diplômes pour tenter de légitimer sa fonction ; or de fonction, elle n’en occupe que le logement.

C’est ce qui lui manque à l’Education Nationale, ce monde de professeurs bobos, rebelles, insupportables, l’obéissance et la considération… Alors voulant nous impressionner, elle s’enferre dans des menaces stériles allant du despotique : « N’oubliez tout de même pas que votre note, c’est moi qui la mets ! », au vilain : « Je vais briser votre carrière, j’ai le bras long, moi, vous savez »… Ces jolies menaces emphatiques sont souvent mises en scène par des hurlements retentissant comme des sirènes, des gestes de l’ampleur de l’albatros et yeux de furie.

Mais avant que tout cela n’éclate, Madame Doutretombe adopte une rhétorique digne d’un conducteur de panier à salade ! Petit florilège :

-          « Mademoiselle Horsoie, je constate encore ce matin, qu’il y avait des tags dans la cage de l’escalier central… Que faut-il ou plutôt : comment faut-il vous expliquer que je ne supporte pas de voir ce genre de dégradation. Quand même (rupture de ton), ce n’est pas compliqué ! Prenez-moi un élève en flagrant délit, ce sera l’exemple de la sanction ! Ce n’est quand même pas difficile de prendre un élève sur le fait ! »

Que répondre, si ce n’est faire parler ses yeux …

-          « Le collège possède quatre escaliers et quatre niveaux avec deux ailes, je ne peux pas placer des surveillants en permanence dans chacun des escaliers et couloirs… Certains circulent pendant les heures de cours, mais il ne faut pas se tromper sur les capacités intellectuelles des élèves ! Ils ne sont peut-être pas toujours brillants scolairement, mais je crois qu’ils n’attendent pas le passage d’un surveillant pour écrire sur un mur… »

La réponse agacée de Madame Doutretombe a fusé :

-          « Que voulez-vous que je vous dise ? Il faut planquer »

Que dire ? Comme je devais me faire inspecter, je n’ai pas hésité à insérer cette tâche de « planque » dans le tableau des missions des surveillants, leur disant oralement que l’évaluation ne prendrait pas en compte cet élément.

***

Un enseignant me rapportait l’autre jour à la cantine, qu’alors qu’il était allé voir Madame Doutretombe pour lui expliquer son désarroi face à une classe qui refusait de sortir des affaires pour travailler, Madame Doutretombe, lui avait répondue en se levant : « Très bien. Je vais faire une descente »…

Mais le plus drôle vient probablement d’une anecdote rapportée au commissariat de police alors que je faisais une déposition:

- “De toute façon, nous votre chef, on l’aime pas trop ici! Un jour, elle est venue et n’a pas supporté de devoir attendre cinq minutes. Elle a piqué un scandale, composant un numéro sur son téléphone et hurlant qu’il atait inadmissible de la faire attendre. Comme tout le monde l’a regardée d’un air ébahi, elle a sorti de son sac à main , une photo où elle posait avec le préfet de police, en la montrtant à tous les agents présents, comme la preuve de son amitié avec le préfet… Comme si on savait quelle tête il a, nous, le préfet! Vraiment, on l’aime pas!”

Petit interlude musical

 Avant “police partout…”, un clin d’oeil à Gonzague Schrödinger, professeur principal de la terrible 4ème 3…

2010, le malentendu (hommage)

à suivre… “police partout, justice nulle part”

Alors que l’atmosphère de cette rentrée scolaire était mortifère, que nous croulions sous le poids du ras-le-bol-d-être-ici, que la récré de 16h venait de sonner, que nous étions avachis sur les fauteuils défoncés de la salle des profs sans même prononcer ne serait-ce qu’une parole, que le seul mouvement qui puisait notre énergie était l’aller-retour de nos bustes entre le dossier de la chaise et la table basse centrale afin d’attraper des chocolats,  j’ai décidé d’aller jeter un œil (mais le bon) dans le bâtiment de l’administration afin de voir s’il n’y avait pas quelques informations croustillantes à se mettre sous la dent…Ou à défaut, d’autres petits plaisirs chocolatés (j’avais vu traîner une boîte prometteuse ce matin !)

  Apercevant Madame Doutretombe penchée sur son écran d’ordinateur qui cliquait sur des plages ensoleillées, j’ai décidé gaillardement de tester son sens de l’humour qui, il faut le souligner, constitue son principal point faible…

-          « Madame Doutretombe, excusez-moi de vous importuner, je sais que vous êtes très prise, mais une tension semble se cristalliser en salle des profs et je souhaiterais calmer les esprits en répondant à la question qui taraude même les enseignants les plus sereins : quelle est la demi-journée banalisée pour la galette ? 

Dès que j’ai eu terminé de parler, je me suis mise à compter dans ma tête… Je ne suis pas allée jusqu’à un ! J’avais fait fort (parfois en comptant vite –très vite- je peux arriver à trois, Madame Doutretombe se demandant tout de même si c’est du lard ou du cochon… ) !

 Mais pas cette fois ! Madame Doutretombe a tourné sa tête d’un quart d’un façon si brutale, qu’elle aurait pu se faire très mal, les pupilles ont esquissé une sorte de focalisation nette et soudaine sur ma personne et si des éclairs avaient pu en jaillir, j’aurais été foudroyée sur place. Mais au lieu de hurler, très calmement, elle m’a répondu :

-          « Banaliser : hors de question ! Et comme j’ai déjà répondu, la galette aura lieu le 12, le jour de la sainte Tatiana »

Que dire ? Un air commençait à me trotter dans la tête : « na na na nananana na nanana le shah d’Iran (…) nanana le roi de Jordanie (…) nana nana le bon Négus (…) na nana le vieux Franco, nanana… »

J’ai pris les papiers qui étaient déposés dans mon casier et me suis mise à lire… J’étais en angle mort, Madame Doutretombe ne pouvait pas me voir, et je lisais à haute voix :

-          « Campagne pour la vaccination… »

Madame Doutretombe a laissé échapper un : « Quelle blague » ironique, alors je lui ai répondu

-          « De quoi ? La galette ? »

-          « Non, la vaccination ! »

-          « pourtant vous avez ajouté : « Merci de votre enthousiasme »

-          « Ah ! Mais c’est pas vrai ! Oui, madame Horsoie, je suis fonctionnaire d’autorité Moi, quand on me demande quelque chose, j’obéis, Moi ! »

Peut-être était-ce un message subliminal?

 

Un petit cadeau pour la route

C’est déjà Noël… Pour patienter avant la suite des rocambolesques aventures de Louise-Michelle, un petit cadeau, tombé de la hotte du Père Noël (ça arrive plus fréquemment qu’on le croit!)…

Avant les vacances, Madame Doutretombe nous a réunis autour du sapin enguirlandé qui penchait déjà un peu dans le hall d’entrée du collège. Elle nous avait annoncé une surprise, nous fantasmions sur un adieu. Elle a brandi un carton et nous a gentiment distribué des rouleaux fermés par un élastique. En les déroulant, nous avons pu découvrir ces fabuleuses affiches, offertes par ses amis les sapeurs pompiers de la ville de Paris…

 

Un silence de plomb régnait. Ne sachant que dire. Natacha, l’une des secrétaire s’est surprise à parler pour elle-même mais à voix haute: “C’est marrant, sur le bonhome, il y a assez de place pour écrire le nom de quelqu’un”…

Joyeux Noël

Gossip around the coffee machine

Il est des petits moments comme ceux là, étrangers aux perturbations extérieures d’ordres divers : cris, bagarres, courses poursuites… Des moments où l’on se retrouve dans l’ancienne salle fumeurs, autour de la machine à café, attendant chacun notre tour que tombe le gobelet en plastique, le breuvage sombre à la vague odeur de café qui va nous récurer l’estomac le reste de l’après-midi. Cette salle, c’est un peu le petit village gaulois, tant pour la bonne humeur et l’esprit clanique, que pour les bons mots et la trivialité qui règnent à certaines heures. Parfois aussi se mêlent quelques intrigues, s’expriment quelques ressentiments et se nouent certaines tragédies, souvent bruyantes.

En début de semaine, alors que le collège continuait sa lente, mais certaine progression vers le chaos, nous étions réunis, chacun muni de nos quarante centimes autour de la fameuse machine, lorsque j’ai demandé si j’étais la seule à avoir aperçu les bottes de Mme. Ventru, la secrétaire d’intendance… L’œil de M. Polo, un des profs de maths s’est tout de suite égayé, et, avec tout le flegme qui le caractérise, s’est fendu d’un sourire rieur pour nous dire « ah, ça oui alors ! Et elles ne sont pas nouvelles d’aujourd’hui, elle les porte depuis le début de la semaine ! » cette réponse fulgurante a entraîné un enthousiasme débordant pour le sujet : « Pourquoi, elles sont comment ? » ont répondu en cœur, Mme Milan (la prof de maths qui ne compte pas son budget fringues), Mme. Kripolis (la prof à thème) et Gonzague Schrödinger, le jeune prof de physique aux tendances gauchistes. « Extraordinaires » a répondu M. Polo.

A ce moment précis, la porte du couloir s’est ouverte, laissant apparaître Mme Ventru. Arborant ce qui peut ressembler à un sourire (tant chez elle la tâche est ardue : ses expressions faciales boudeuses et hargneuses ayant des difficultés à faire monter les encoignures de sa bouche !), Mme Ventru s’est adressée à M. Schrödinger pour lui rappeler de rendre rapidement le bon de commande pour les loupes pédagogiques. Je soupçonne que l’esquive de son sourire était adressée à M. Polo. Chaque été, ce dernier lui envoie avec assiduité une carte postale de colibri afin de compléter sa collection affichée au dessus de son bureau. En tout cas, il est évident que sa bonne humeur apparente ne m’était nullement adressée. J’ai toujours droit à un regard glacial et un bonjour de berger allemand ! D’ailleurs, elle m’a regardée de son œil de poisson rouge en m’éructant un « Et mademoiselle Horsoie, faudrait venir payer votre cantine, sinon je vais vous envoyer les huissiers, hein ! Non mais je plaisante pas, hein ! » il faut avouer que les plaisanteries de Mme Ventru sont assez limitées: tous les matins, la même bonne blague qui la rend hilare: “moi je dis toujours que je bois pas le café! je suis en réunon de travail” TOUS LES MATINS!!!

 

Mais revenons aux fameuses bottes… car après son inopinée apparition, nous avions tous porté nos regards attentifs sur les pieds de Mme Ventru et constaté qu’elle cachait désormais ses chaussettes et ses mollets velus avec d’invraisemblables bottes en imitation daim de couleur rose bonbon, agrémentées de franges à la mode sauvageonne des sioux décomplexés.

les bottes sont en accord parfait avec la tenue de Nancy…

Nous en étions bouches bées, et le café commençait à refroidir lorsque Mme. Kripolis a été prise d’un fou rire propagateur avant de se lancer en soliste dans un dithyrambe scandalisé longtemps contenu et qui trouvait, grâce aux bottes, un moyen de s’exprimer enfin. Tout y est passé : de la question de l’absence de soutien gorge (question complétée par Mme Saturne, prof d’Histoire géographie excusant presque Mme Ventru en expliquant qu’elle ne devait pas trouver une taille adéquate pour « soutenir » l’existant), à la barbe apparente et assumée, en passant par les socquettes et la coiffure. Mme Kripolis exultait et nous on rigolait avant de retourner en état de guerre.

La classe “Jean Sarkozy”

Peu avant les dernières vacances, comme la pression montait d’un cran dans les couloirs, dans les salles de classe ou encore dans la cour de récréation, bref dans le collège ; que des hordes d’élèves exclus de cours, jouaient au chat et à la souris avec des surveillants aux baskets usées, Mlle XY a organisé deux heures banalisées pour discuter de la situation.

Le jour de la réunion, l’état major était loin d’être au complet : Mme Doutretombe, notre Margaret sans prétention, était la grande absente. Elle avait laissé son adjointe tenter d’éteindre le brasier, seule et sans casque. Elle avait une réunion importante à la caserne, avec « nos amis, les hommes du feu ». Une fois de plus alors que les flammèches atteignaient dangereusement les bureaux du premier étage, elle se réfugiait derrière le rouge des camions, munie d’une lance qu’elle n’hésiterait pas à brandir contre toute information de la situation.

Mlle XY, en « bleue » de service, a voulu ouvrir la séance. Malheureusement, au lieu de dégoupiller les extincteurs, elle a gratté une allumette. Mauvais choix, évidemment !

La tête de l’allumette nous fut donc présentée : Madame Jeannette, serait là à la rentrée de novembre pour animer une nouvelle classe au collège, une classe de « non francophone ». Au début tout le monde était courtois bien que légèrement crispé. Madame Jeannette, se tenait droite et fière, tentait de faire sa place, de nous exposer la légitimité de son travail, telle une experte qui pourrait conseiller. Seulement, les fuites dont avait fait objet sa nomination se répandaient avec la même dangerosité que le gaz : Mme Jeannette, n’était autre que la compagne d’un ancien adjoint du collège, à qui Mme Doutretombe ne pouvait, pour de raisons obscures, ne pas refuser un avantage ! Nous, nous étions soudain en pleine république bananière !

Mlle XY, toute ambitieuse qu’elle était encore, soutenait ardemment le projet, se disant que c’était une aubaine pour sa carrière… On a demandé à Mme Jeannette, ce qu’elle entendait par “non francophone”. Se gonflant de fierté pour apprendre à cette assemblée d’ignares ce qu’était un « non francophone », elle a commencé à expliquer, naïvement le profil des élèves de sa classe : « ce seront des élèves arrivés en France récemment, originaires d’Afrique subsaharienne, parlant peu ou pas le français».

Quelques rires nerveux se sont fait entendre, puis : « en gros vous parlez de la moitié de nos élèves ! », suivi de : « excepté le fait que nous avons déjà un professeur diplômé pour enseigner le français à des étrangers, combien de nos élèves pourrez-vous accueillir dans votre structure ? »

Mme Jeannette, était déjà moins souriante : « Ah, mais en réalité cela ne concerne pas vos élèves, mais des élèves venant de tout Paris ». L’huile était  jetée ! Un professeur, puis deux, puis trois ont répliqué : « En gros, vous nous rajouter une classe à problème ! Une classe de boucs émissaires désignés, qui vont se révolter à force d’être agressés par les autres ! Et bien merci ! »

Mlle XY a voulu calmer le jeu. Maladroitement, elle a répliqué :« Il n’y a pour l’instant que cinq élèves inscrits » ; la phrase n’était pas terminée que déjà, ça fusait dans tous les sens, « Quoi une classe à 5 ? Donc vous êtes employée par le rectorat pour faire classe à 5 élèves ! Et sur quels crédits allez-vous complétez l’emploi du temps, car il manque plus d’une dizaine d’heures ?» Mme Jeannette, nerveuse, a répondu : « Non mais en réalité nous sommes actuellement à neuf élèves… » Mlle XY a repris : « Pour l’instant nous attendons pour le complément d’heures ». Là dessus, un des profs d’arts plastiques a répliqué « Comment pouvez-vous dire cela, alors que vous avez déjà effectué des tentatives d’approches auprès de certains d’entre nous pour nous proposer des heures supplémentaires ? »

Demandant la parole depuis un moment, M. Ducreux, le syndicaliste du collège a fait remarquer que ce projet qui s’implantait dans notre établissement deux mois après la rentrée aurait dû être voté en conseil d’administration, qu’il n’y avait pour l’instant aucune ligne budgétaire dégagée officiellement, et donc que tout cela c’était du vent ou du détournement de fonds ! ». Le jeune prof de physique a participé à l’insurrection en s’écriant « Et pourquoi chez nous d’abord ? Puisqu’ils viennent de tout Paris, ça ferait tâche, cette classe, à Henri IV ? ». Plusieurs ont répondu : « bien parlé Gonzague » !

L’allumette s’était embrasée. Mlle XY a tenté de reprendre la parole et de dire que cela n’était en fait qu’une parenthèse et hors sujet quant au contenu de la réunion, elle avait tout de même fait évoluer l’incendie de façon notable chez les enseignants.

A la rentrée de novembre, le feu vert n’ayant pas été donné, plus personne ne parlait de la classe de « non francophones ».

Je suis venu te dire que je m’en vais…

Il est venu dire qu’il s’en allait… mais n’a même pas daigné me dire les choses en face, pas d’au revoir, même pas d’insulte, rien. J’entendais la voix de JC de l’autre côté du mur, s’adressant à ses apô… euh, collègues. Il leur disait : « adieu, je vous quitte, rien n’a été facile pour moi, ici-bas ». Et les brebis bêlant « bon courage alors »… La voix grave et posé de JC que j’imaginais esquisser un sourire leur a répondu dans une ultime phrase : « je crois que vous en aurez plus besoin que moi ».

Moi, j’attendais dans mon bureau qu’il s’en aille, laisse la voie libre, le chemin dégagé lève les voiles, se taille, se casse… ou alors clairement qu’il vienne, et me dise, les yeux dans les yeux, comme il a répété sans cesse, « je démissionne » en théâtralisant le moment d’une tension lourde de sens, mais silencieuse.

Mais rien ! JC n’est pas venu travailler au collège depuis la mi octobre. Il avait demandé à revoir les heures de son contrat et Madame Doutretombe, dans un élan de lâcheté ordinaire, avait accédé à sa demande. Et puis JC avait décidé qu’il viendrait les jours où cela l’arrangerait, peut importe les besoins du service, peu importe les collègues.

Il m’avait ainsi imposé trois journées… j’avais accepté les deux tiers de sa demande, la traitant ainsi comme une proposition. Mais ce n’était pas suffisant pour lui ! Alors, malgré sa requête, il a refusé de signer l’avenant de son contrat qui réduisait son nombre d’heure. Ainsi il était payé 26h pour n’en effectuer que 22… Auxquelles il fallait encore enlever les 5 heures du mercredi, journée litigieuse en raison de sa participation active au club de plongée pour les phobiques en immersion. Car en effet, son absence répétée du mercredi matin se justifiait selon lui par la nécessité de vaincre sa peur de l’eau, qu’il a avoué un peu honteux, dans le bureau de Madame Doutretombe.

 En entendant ça, je suis restée placide : je sentais ma patience atteindre ses limites, mais le cocasse d’un JC ne supportant pas l’eau s’est mis à équilibrer mes réactions. Une fois de plus, dans le bureau de Madame Doutretombe, j’assumais le rôle de Ponce Pilate. Si Dieu était une femme… non, ce ne serait pas Madame Doutretombe, celle ci se cantonnerait dans le rôle de Marie-Madeleine, une méchante Marie-Madeleine, un peu proustienne pour les conséquences lacrymales de certains de ses propos.

A l’issue de ce stérile entretien, JC est tombé malade, de ces maladies qui autorisent le déplacement sur son lieu de travail pour fournir son certificat médical, et qui autorise la terrasse du café d’en face. A l’Education Nationale, pas de remplacement possible, juste la patience et la foi (pour les bienheureux qui en ont !). Une indiscrétion de la perfide Nadine, est parvenue aux oreilles de Mme Doutretombe, JC voulait négocier un licenciement… C’était faire preuve d’une grande naïveté à l’égard de Mme Doutretombe pour qui la seule philosophie véritable est le « oui, à condition que je ne prenne aucune décision, que cela ne me demande aucun effort et que je sois applaudie et aimée »…

Finalement JC a fait Plouf et moi ouf !

La leçon était bien apprise

Pour une fois, j’arrivais à travailler au calme dans mon bureau après avoir rembarré un élève qui voulait me voir pour une « réelle injustice madame », mais qui n’avait aucun mot l’autorisant à venir me voir en plein milieu d’une heure de cours. En partant, il m’a dit : « c’est une double injustice alors ! »… Il y a des jours où tout est injuste, oui, c’est comme ça.

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J’avais décidé d’être dans mon bureau, enfermée ; de ne pas entendre les bruits, cris, coups qui résonnaient à l’extérieur. Devenir sourde, coupée du champ de bataille.

Du coup, j’ai été punie ! J’ai vu Madame La Roque, une des profs d’arts plastiques (celle qui balance mes initiales sur la mailing list, genre scrabble géant : le score du prénom composé, un coup de tête à gagner), se diriger droit vers mon bureau. Je me suis penchée pour ouvrir mon tiroir magique (celui dans lequel il a tout : punaises, stylos, ciseaux, chocolat, bonbons, pistolets en plastique…), et quand je l’ai refermé, j’avais enfilé le masque de : « Madame j-ai-pas-envie-de-te-parler ».

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Elle est venue avec deux rapports d’incidents, me demandant avec sa voix perchée, pourquoi les élèves n’avaient pas été exclus, en ajoutant :« parce que c’est grave, quand même ».

Mon petit doigt me parlait en même temps, et je me suis mise à répéter les informations qu’il me murmurait à l’oreille : « Mais Françoise, il me semble que tu sors juste du bureau de Mlle XY… Alors, que t’a-t-elle dit à ce propos ? » Prise au dépourvu, Françoise La Roque, tel un petit soldat faisant croire qu’elle se dirigeait droit sur le parlement, a répété : « Elle m’a dit de voir avec le professeur principal et toi. Alors je suis allée dans ton casier pour récupérer le rapport et te le donner. Maintenant j’attends une sanction. J’ai vu aussi Madame Doutretombe avant les vacances et elle m’a dit que je pouvais même demander plus comme sanction, alors ».

Alors quoi ? J’ai levé lentement mes yeux vers elle, et lui ai dit que j’allais de nouveau voir Madame XY pour savoir ce qu’elle décidait. Elle est partie, comme elle est venue, avec ses bottes ! J’ai convoqué les élèves cités. Ilyess, est entré dans mon bureau. J’avais ma tête de « Madame pas contente », alors il a pris la tête de « je-vais-me-faire-disputer-profil-bas-requis » ! Je lui ai lu le rapport de l’enseignante :

« Pendant une heure de retenue, J’ai demandé à Ilyess son carnet de correspondance et constaté qu’aucun mot n’était signé depuis le 4 septembre. Alors que je m’éloignais, j’ai entendu Ilyess dire dans sa barbe : « Elle a un gros cul » C’est un manquement grave et je souhaite trois jours d’exclusion ».

Ilyes n’avait rien à dire sur l’absence de signature dans le carnet. Répondeur de la maman, je l’ai informée. Quant à la réflexion en rapport avec la taille de l’arrière train de Madame La Roque, Ilyes a nié tout simplement (moi j’ai pensé qu’il n’avait pas encore de barbe !)

 

Deuxième élève : Brandon. Lecture du rapport :

« M’approchez pas, vous me salissez » c’est de cette façon que cet élève s’adresse à son enseignante lorsque je lui demande de vider son pot de peinture, c’est inacceptable. Je demande une journée d’exclusion ».

Brandon s’explique : “Elle était trop près de moi et agitait un pinceau qui a tâché mon pantalon (il me fait constater, les tâches noires). Alors ça m’a énervé, je sais plus ce que j’ai dit ».

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 Je suis donc allée voir Mlle XY (Madame Doutretombe est toujours sur la côte croate), afin qu’elle prononce les sanctions, tout en lui expliquant que je n’avais pas de relations suffisamment cordiales avec Madame La Roque pour me prononcer. Mlle XY m’a regardée, a soupiré et m’a dit qu’elle avait vu le professeur et lui avait dit que c’était le professeur principal et le CPE qui décidaient. Et puis elle m’a dit « de toute façon, je ne mettrai pas trois jours, ni une journée… alors vous voyez ».

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Mlle XY a apprit vite. Ne rien décider, surtout rien. Laisser les autres faire, se disputer et s’entretuer. Comme ça, elle garde le sourire. Et pourra dire, comme Madame Doutretombe : « ah mais c’est pas moi. Je n’ai rien décidé. On ne peut rien me reprocher , je ne suis pas au courant». Madame XY a tout compris… Moi aussi !

na, na nanana

Dur retour… ciel gris, froid qui oblige à sortir les manteaux… et cette chanson à la noix dans la tête « Je m’en vais, na na, nanana… ». Mais avant de pouvoir partir, il faut y aller ! J’ai quitté le vélo pour reprendre le métro. A la sortie, je me suis de nouveau retrouvée propulsée dans le film « Les marmottes » (ou « un jour sans fin »), comme si chaque journée était la même avec quelques variations.

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Passée l’intersection, je tourne à gauche après le coiffeur, à quelques mètres, à terre, comme tous les matins, le même petit vieux qui marmonne une espèce de « Madame, une pièce s’il vous plait », la pancarte signalétique de la pharmacie avec le défilé de date, heure et température. 8h16. Je calcule : j’arriverai à 19, seulement 4 minutes de retard, c’est bien, c’est très bien ! Je zieute le parvis du collège. Pas de Madame Doutretombe qui fait le trottoir en regardant sa montre… tout va bien !

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Et puis le premier couac : les élèves ne peuvent pas entrer… Il n’y a personne ! Je vois deux profs discuter et sourire. Je leur demande ce qui se passe. Réponse amusée : « Ben y a personne pour faire entrer les élèves !”  Je ne sais pas pourquoi, ça ne me fait pas rire. Ça veut dire qu’il n’y a pas de surveillant ! J’hésite à me dépêcher… et « A quoi bon » s’impose !

 Finalement, un surveillant arrive et ouvre, les élèves entrent. Je ne sens pas la journée… « Je m’en vais, na, na, nanana… » résonne de nouveau dans ma tête… Je  tente d’enfouir la ritournelle. Je mets à jour le récapitulatif du personnel absent : 9 enseignants : 3 malades, un stage et 5 profs encadrant UNE classe en sortie (rapide calcul : 25/5… ça fait un prof pour 5 élèves… Normalement il ne devrait pas y avoir d’incident pendant cette sortie !), 3 surveillants : 1 en stage et deux malades, dont J-C qui est venu porter l’arrêt au collège et en personne (peut-être voulait-il nous contaminer ? ou alors espérait-il croiser Madame Doutretombe, afin qu’elle lui fasse un revival du Bien Aimé : « montre moi tes écrouelles, que je te les guérisse »)… Manque de chance, J-C, Madame Doutretombe, n’est évidemment pas là, toujours à se dorer la pilule sur la côte croate lorsque les vacances se trouvent à proximité… et comme la rentrée était jeudi 6 et que mercredi c’est le 11 novembre, Madame Doutretombe profite de sa conception du « pont » pour réchauffer ses vieux os !

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Deuxième couac : au secrétariat, Nadine, lève la tête et me dit « Louise-Michelle, tu saurais pas toi.. Eh, non c’est vrai, tu n’es pas au CA ! »… Naïvement je lui dis : « ah ben si ! L’année dernière on m’a fait démissionner… mais cette année, je suis suppléante ! ». Nadine, m’a regardée et m’a dit : « ben non, tu n’y es pas ». Et moi : « mais si ! ». Alors Nadine s’est levée, a regardé dans l’armoire, a sorti le dossier CA et m’a montré la liste… sur laquelle mon nom n’apparaissait pas ! Enorme ! Quelqu’un m’avait rayée ! Je n’en revenais pas ! Alors j’ai appelé un des membres élus qui m’a dit qu’en effet, mon nom avait été rayé, mais ce membre pensait que j’avais moi-même raturé, gribouillé, anéanti « Horsoie » de la liste ! Il m’a dit « ben mince alors, tu as peut être des choses à dire… ». Sincèrement, ça m’a cloué le bec… Non ! Je n’ai vraiment plus rien à dire de toute façon «  je m’en vais, na, na, nanana…nanana… je m’en vais » !

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