Le cauchemar dansant, sur les pas d’un César empouponné

Une belle surprise, un délice, le petit plus, la cerise sur le gâteau, le petit cadeau alors qu’on se sentait délaissé… C’est exactement comme ça que j’ai vécu ce moment, cette agape, cette petite chose qui fait que parfois, malgré le ciel bas, le vent glacial et le réveil trop (beaucoup trop) matinal, je ne regrette pas de m’être fait violence en allant affronter la réalité de la vie !

Ce matin, alors que j’étais dans mon bureau vilain et gris en train de blêmir devant les bilans des absences des élèves ; me demandant pourquoi tant d’absences ? Pourquoi est-ce moi j’étais là sans sourire, en train de tenter de me réchauffer alors qu’eux roupillaient encore sous la couette,  une surveillante a frappé à ma porte, me portant un message :

Madame Luzerne, la prof de sport (ou de ballon, c’est selon) usait sur une feuille de la plus jolie écriture pour m’informer que Jason Kiame était exclu de son cours…

J’ai regardé la surveillante d’un air perplexe : l’élève avait-il soudainement revêtu sa cape d’invisibilité ? De son joli sourire, Anna (une des surveillantes dont tous les professeurs de sexe masculin connaissent le prénom sans avoir besoin de demander, alors que les femmes ne l’ont dédaigneusement pas remarquée) me dit : « oui, alors en fait, il y a un problème… C’est que Jason ne veut pas bouger, il faut que vous veniez ». J’ai hésité entre l’idée d’incarner subitement le corps d’un pachyderme transformé en marmotte et celle d’aller me dégourdir les jambes… Et puis j’aime bien Mme Luzerne, alors je me suis rendue presque prestement au gymnase.

J’ai été accueillie par une Mme Luzerne à l’air décontenancé qui m’a dit : « ben voilà, il ne veut pas bouger ! » et là, c’est comme si le technicien de la lumière avait fait son boulot, pour diriger mon regard sur la scène

On aurait pu croire à une écriture figurée post-mortem de Pina Bausch, une sorte de tableau dansé mais paradoxalement figé. C’était… esthétique !

Sur un grand carré cochenille composé de plusieurs rectangles de la même couleur, se dressaient debout, des élèves dans une posture statique et silencieuse. Et au milieu, tel un césar en plein banquet, trônait, alangui, Jason sans la coupe ni les raisins. J’ai vraiment regretté de ne pas avoir mon appareil photo !

Jason, allongé, la tête soutenue par son coude replié n’a pas daigné m’adresser ni mot ni un regard lorsque d’un ton autoritaire mais peu convaincu je lui ai demandé de m’accompagner. Face à cet affront génial, je suis allée chercher le nouveau messie (NM).

Le NM c’est un peu une sorte de G.I. Joe mais sans le Joe, un G.I. un peu latin, un peu amérindien, un peu Tapioca d’ailleurs… Sans le Joe et sans le G.I. en fait, ça ne donne plus qu’un épaississant sans saveur…

En sortant de son bureau, le NM a revêtu son costume au slip rouge cousu de fils invisibles, il a remonté les pecs et entamé une marche sur laquelle j’ai fait résonner le bruit de mes bottes. Nous avons progressé à ce rythme dans l’enfilade de couloirs.

Je suis arrivée quelques minutes après M. NMT ( !)  L’affront n’étant pas sexiste, M. NMT a décidé de faire évacuer les autres élèves. Il ne restait plus que le personnage principal de l’argument mais cependant quelque chose avait changé. Jason avait la même position mais son corps avait effectué une rotation à 180 ° afin de tourner le dos à M. NMT… une scène, un spectacle, merci Jason !

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