j’ai été convoquée dès 8h30 dans le bureau de Madame Doutretombe. Celle-ce recevait le père d’une élève exclue fraîchement par conseil de discipline. Le papa qui n’était pas aux côtés de sa fille le jour fatidique, souhaitait tout de même connaître quelque explication… La jeune fille avait été exclue pour sa participation à l’agression d’une élève du collège. Elle avait nié sa présence sur les lieux du crime devant l’assemblée d’élus. Elle a été exclue, ne bénéfiçiant pas de la même clémence qu’une autre élève qui avait nié également sa participation mais avait reconnu avoir menacé la victime. Elle avait justifié la véhémence de ses paroles en invoquant la colère devant un fait non avéré dont elle était accusée… Pour cela, la justice scolaire avait tranché: 8 jours de mise à pied! juge unique, juge inique, juges multiples, juges cyniques!
Arrivée dans le bureau avec un peu de retard, Mme. Doutretombe, expliquait au papa que compte tenu du comportement de sa fille au collège, cette dernière méritait de toute façon, une exclusion. “Mais, continuait-elle, la question ne se pose même pas, puisque votre fille a reconnu les faits qui lui était imputés“! Un professeur était présent, et en entendant cela, mes yeux oscillaient entre l’accorche du professeur et la première ligne du procès verbal du conseil: “A l’évocation des faits reprochés, Fatou nie sa présence et sa participation fermement”. J’étais abasourdie! Et c’est en arrière fond que j’ai entendu la voix aigue de Madame Doutretombe dire:
“Madame Horsoie, ici présente et conseillère d’éducation de son état peut le confirmer…”
Elle me regardait avec insistance, je prolongais ce regard opiniâtre dans celui du professeur, qui me rendait une vacuité toute aussi déconcertante… Je me suis entendue répondre:
“Je suis désolée, je ne peux pas rester, il y a une urgence en bas” et suis sortie en sueur!
Une heure plus tard, j’avais deux témoins dans mon bureau et passais un coup de téléphone au brigadier en charge de l’enquête, en prenant soin d’allumer le haut parleur. Interrogé sur l’enquête, le brigadier a paru déconcerté et m’a demandé de quelle source bénéficiait Madame Doutretombe, puisque lui-même ne pouvait en l’état ne tirer aucune conclusion!
Sitôt raccroché, je recevais l’appel d’un officier plus gradé, d’un autre service et qui connaît bien Madame Doutretombe, puisque lui-même participe aux actions des premiers secours. Nous avons eu un échange étonnant, toujours avec le haut-parleur.
“Madame Horsoie, vous allez bien? ET le trajet pour venir au collège ça se passe bien? Vous venez comment? à pied? à vélo? Parce qu’il faut faire attention, hein? hahaha”…
Je restais impassible, incapable de savoir où il voulait en venir! Puis il m’a parlé du papa de Fatou qui était venu le voir au sujet de l’affaire. Il ne pouvait pas dire grand chose car ce n’est pas lui qui suivait le dossier et donc qu’il n’avait pas tout les éléments… Je lui ai répondu
“Vous m’en voyez surprise puisque Madame Doutretombe détient des informations essentielles et explique à qui veut qu’elle les tient de vous…”
“Ah mais ce n’est pas possible puisque je ne connais pas l’avancée de l’enquête”
“Mais pourtant, elle nous a dit que vous aviez déjeuner ensemble le 20 décembre et que vous lui avaiez alors dévoilé l’établissement des faits”
“oui, euh oui, oui, mais je connais preque rien au sujet de cette affaire”!
Nous étions trois à être témoin d’un mensonge de Madame Doutretombe… ce qui ne pouvait me surprendre puisqu’elle avait menti une heure avant et effrontément au père d’une élève…



