bonne soirée”
Mais toi aussi Pierre, fait de beaux rêves!
9 mai
bonne soirée”
Mais toi aussi Pierre, fait de beaux rêves!
6 mai
Mardi soir, nous avons fait une réunion d’équipe (enfin… d’équipe “vie scolaire”, hein, parce qu’il n’y a pas vraiment d’autres réunions).
Sur 19 membres du service, nous étions 9. c’est bien, presque la moitié! Sur 19 membres, 17 sont vraiment concernés… Bon d’accord parmi les 19, un ne pouvait pas être présent, puisqu’il s’agit d’un poste vacant… Il faudrait recruter quelqu’un parce que la personne qui devait prendre le poste ne l’a finalement pas pris (pas folle la bête!) donc il nous manque quelqu’un. Deux autres s’étaient excusés, finalement que la majorité était présente (l’optimiste me caractérise, on ne peut pas le nier!)
Au cours de cette réunion, rien de nouveau sous le soleil: rappel des règles de fonctionnement, récapitulatif des dysfonctionnements, diagnostic rapide de ces derniers. Conclusion: “on va tous faire des efforts pour terminer l’année en évitant le pire (s’il n’est pas encore arrivé, car je récapitulais les actes violents de ces deux dernières semaines, et j’ai été assez effarée… peut-être cela fera-t-il l’objet d’un prochain post…)
les surveillants sont, rappelons le, le bas du bas de l’échelle dans la hiérarchie d’un établissement (je ne sais pas s’ils sont en dessous ou au dessus des agents de service, parce que les agents, comme c’est un peu leur vrai métier, font l’objet d’une compassion visqueuse et finalement malsaine de la part des échelons supérieurs… oui, je suis de mauvaise humeur et je ne me souviens plus de l’endroit où j’ai rangé le politiquement correct).
Bref, les surveillants nous ont fait part de quelques problèmes qui pèsent sur leur quotidien (en plus des insultes, menaces, coups, indifférence et mépris dont ils sont victimes). Un collège fonctionne avec différents services, différentes personnes et lorsque le collège ne fonctionne pas bien, il devient pathologique dans son quotidien. Nous avons donc décidé de faire une note à l’attention des enseignants pour leur demander de collaborer avec le service de façon à ce que le travail de chacun soit facilité.
Je vous présente en avant première quelques passages ridicules (pourquoi les changer puisqu’ils reflètent la situation?). Je propose de faire des paris sur qui sera outré avec véhémence verbale, qui sera outré version dénonciation à la direction, qui sera amusé version ironie… j’ai ma petite idée, c’est pour cela que je pousse un peu dans la fausse naïveté…
passage sur les clefs des toilettes (c’est tellement édifiant!)
“ S’agissant des toilettes. Nous vous rappelons qu’elles sont fermées à clef. La clef a été égarée il y a quelques semaines. C’est une clef onéreuse (300 euros !) et l’équipe de direction a décidé de ne plus la confier aux surveillants (qui seront pécuniairement responsables en cas de perte). La clef est désormais à la loge et Monsieur Weiler, le gardien, la délivre désormais uniquement aux heures de récréations (10h30, 16h) ainsi que lors de la pause méridienne. Les surveillants (comme certains enseignants) ont une clef pour les anciens locaux ; or le service d’entretien n’est pas favorable à une utilisation de ces locaux car cela leur ajoute du travail d’autant plus que ces toilettes sont condamnées. Le fait de prêter les clefs de ces toilettes aux enseignants qui les demandent créé des tensions qui sont fatigantes au quotidien. Dès lors nous vous demandons d’avoir la gentillesse de bien vouloir demander une clef à l’intendance et de prévenir les services concernés lorsque vous mettez à disposition ces locaux aux élèves.
Enfin, s’agissant des sorties de cours pour aller aux toilettes, nous vous demandons de ne les autoriser qu’avec parcimonie et avec un billet de circulation signé, cela nous permettra de ne pas assumer la responsabilité de l’ouverture de ces toilettes. D’autre part, les surveillants sont souvent affectés à des postes autres que l’ouverture des toilettes.” ben oui, sinon on se fait disputer par Mme Doutretombe et le gardien!!! A propos de toilettes, je vous raconterai prochainement l’histoire de l’étron farceur, qui rythme le calendrier du collège.
allez, un autre passage, peut-être mon préféré:
“Enfin s’agissant du chaleureux sujet des exclusions de cours : nous vous rappelons qu’un élève exclu doit avoir un billet d’exclusion indiquant le motif et un travail à fournir (autre que revoir la leçon n°x p. y du manuel que l’élève n’a pas puisqu’il a été exclu au motif de l’absence de manuel ou d’affaires..)”… ouais, j’adore!
bon en fait c’est du blabla, parce que ça ne changera rien, mais ce sera rigolo à montrer à l’inspection…
24 avr
“un métier où l’on se sent utile tous les jours”… hum… je suis rêveuse!
Une belle vidéo de pôle emploi… esprit critique, es-tu là?
Oui, je suis là!
mais… je la connais… nous étions ensemble à l’IUFM (cf le lien n°2de l’article précédent… hommage des Z’profs). Je lui tire mon chapeau… enfin à moitié, en fait… un salut cordial
Que dire?
Pôle emploi veut susciter des vocations pour un métier en voie de disparition (recrutement par concours en de-ça des besoins, instrumentalisation de la fonction par… tous les autres personnels de l’établissement pour en faire… un bouche-trou censeur méchant, œil de Moscou selon les enseignants, gauchiste agitateur des salles de profs pour la direction…
24 avr
Vous ai-je déjà parlé de M. Caran d’Hache, le professeur d’arts plastiques ? Non, je ne crois pas… J’avais simplement évoqué précédemment les dérives épistolaires de ces prédécesseurs, qui, à défaut de manier les pinceaux, maniaient l’art de la bêtise propagandiste avec un certain talent, il faut bien l’avouer.
Donc M. Caran d’Hache est le nouveau professeur d’arts plastiques cette année, tout frais émoulu de Pôle emploi (qui a remplacé feu l’IUFM). Sans entrer dans les détails sonores qui occupent tout le couloir du premier étage, ni dans la critique aisée des pratiques pédagogiques innovantes de cet enseignant, il me faut tout de même conter une anecdote crispante.
M. Caran d’Hache, donc, s’est fait volé sa paire de lunettes pendant un cours avec une des classes dont je suis la scolarité. M. Caran d’Hache, dépourvu de toute vision à court terme, a informé une collègue le lendemain. Sur les conseils de cette dernière, il a rédigé un rapport d’incident qu’il m’a transmis avec une discrétion exemplaire puisque j’ai découvert le rapport trois jours après, noyé au milieu d’autres papiers. L’équipe enseignante, partagée entre la compassion et un silence gêné m’a pressée de faire « quelque chose »… Bref, je ne vais pas entrer dans les détails sans importance… Je suis donc intervenue dans le cours de M. Caran d’Hache afin de faire coller par les élèves un mot à destination des parents pour les informer du vol et de l’indignation partagée par l’équipe. Prenant le masque de Cruela, j’ai prévenu les élèves que si le mot n’était pas signé le jeudi suivant (3 jours d’intervalle), ils seraient punis d’une heure de retenue. Deux précautions valant mieux qu’une, la menace a été rappelée le lendemain, puis le surlendemain.
Le jour fatidique, je me suis rendue dans la classe pour ramasser les carnets de correspondance. Deux représentants des forces de l’ordre faisaient une intervention de prévention auprès de la classe dans un cadre qui m’est resté totalement inconnu. J’ai repris mon masque et réclamé les fameux carnets aux élèves.
- « vous sortez vos carnets, je les ramasse, vous savez pourquoi, alors on ne perd pas de temps »
- « Si tu n’as pas ton carnet, tu seras collé, ce n’est pas comme si tu ne le savais pas »
- « tant pis pour toi »
Ont été les seules phrases, certes peu chaleureuses, que j’ai prononcées pendant ce court laps de temps.
Sur une classe de 24 élèves, 11 n’avaient rien fait signer…
Les deux représentants de l’ordre, inconnus de mes services, sont allés se plaindre de mon intervention auprès du Nouveau Messie, ravi. Mon intervention les aurait « extrêmement choqués » dixit le NM exultant. Moi, je fulminais, folle de rage, tel un taureau dans l’arène face à un toréador pathétique… Les forces de l’ordre se sont plaintes… Mon supérieur hérétique n’a pas daigné me les adresser… il aurait été dommage que je puisse répondre… Quant à Madame Doutretombe, celle-ci pouffait dans son bureau, me recommandant d’aller au commissariat porter plainte…
Finalement mieux vaut ne pas porter de lunettes !
1 déc
Une belle surprise, un délice, le petit plus, la cerise sur le gâteau, le petit cadeau alors qu’on se sentait délaissé… C’est exactement comme ça que j’ai vécu ce moment, cette agape, cette petite chose qui fait que parfois, malgré le ciel bas, le vent glacial et le réveil trop (beaucoup trop) matinal, je ne regrette pas de m’être fait violence en allant affronter la réalité de la vie !
Ce matin, alors que j’étais dans mon bureau vilain et gris en train de blêmir devant les bilans des absences des élèves ; me demandant pourquoi tant d’absences ? Pourquoi est-ce moi j’étais là sans sourire, en train de tenter de me réchauffer alors qu’eux roupillaient encore sous la couette, une surveillante a frappé à ma porte, me portant un message :

Madame Luzerne, la prof de sport (ou de ballon, c’est selon) usait sur une feuille de la plus jolie écriture pour m’informer que Jason Kiame était exclu de son cours…
J’ai regardé la surveillante d’un air perplexe : l’élève avait-il soudainement revêtu sa cape d’invisibilité ? De son joli sourire, Anna (une des surveillantes dont tous les professeurs de sexe masculin connaissent le prénom sans avoir besoin de demander, alors que les femmes ne l’ont dédaigneusement pas remarquée) me dit : « oui, alors en fait, il y a un problème… C’est que Jason ne veut pas bouger, il faut que vous veniez ». J’ai hésité entre l’idée d’incarner subitement le corps d’un pachyderme transformé en marmotte et celle d’aller me dégourdir les jambes… Et puis j’aime bien Mme Luzerne, alors je me suis rendue presque prestement au gymnase.
J’ai été accueillie par une Mme Luzerne à l’air décontenancé qui m’a dit : « ben voilà, il ne veut pas bouger ! » et là, c’est comme si le technicien de la lumière avait fait son boulot, pour diriger mon regard sur la scène
On aurait pu croire à une écriture figurée post-mortem de Pina Bausch, une sorte de tableau dansé mais paradoxalement figé. C’était… esthétique !
Sur un grand carré cochenille composé de plusieurs rectangles de la même couleur, se dressaient debout, des élèves dans une posture statique et silencieuse. Et au milieu, tel un césar en plein banquet, trônait, alangui, Jason sans la coupe ni les raisins. J’ai vraiment regretté de ne pas avoir mon appareil photo !
Jason, allongé, la tête soutenue par son coude replié n’a pas daigné m’adresser ni mot ni un regard lorsque d’un ton autoritaire mais peu convaincu je lui ai demandé de m’accompagner. Face à cet affront génial, je suis allée chercher le nouveau messie (NM).
Le NM c’est un peu une sorte de G.I. Joe mais sans le Joe, un G.I. un peu latin, un peu amérindien, un peu Tapioca d’ailleurs… Sans le Joe et sans le G.I. en fait, ça ne donne plus qu’un épaississant sans saveur…
En sortant de son bureau, le NM a revêtu son costume au slip rouge cousu de fils invisibles, il a remonté les pecs et entamé une marche sur laquelle j’ai fait résonner le bruit de mes bottes. Nous avons progressé à ce rythme dans l’enfilade de couloirs.
Je suis arrivée quelques minutes après M. NMT ( !) L’affront n’étant pas sexiste, M. NMT a décidé de faire évacuer les autres élèves. Il ne restait plus que le personnage principal de l’argument mais cependant quelque chose avait changé. Jason avait la même position mais son corps avait effectué une rotation à 180 ° afin de tourner le dos à M. NMT… une scène, un spectacle, merci Jason !
5 sept
A suivre: nouvelle rentrée, nouvelle donne?
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Je vois que le dernier post date du début du mois de février 2010… Nous sommes en septembre !
Mais que s’est-il passé ?
De nombreux courriers de lecteurs inquiets m’ont aidé à sortir de la léthargie dans laquelle je me suis plongée, pendant les mois qui ont achevé l’hiver, vu naître et mourir le printemps et accueilli l’été.
Ce qui s’est passé ? La survenue de l’apocalypse…
ou alors c’atit sa répet générale puisque nous sommes encore là et que le collège tient encore debout au grand désespoir de nombreux enseignants (et élèves, il faut bien l’avouer !)
Ce qui s’est passé ?
En résumé, le chef cuistot a déguisé son menu, substituant au poulet fermier du lion enragé. Au départ, nous n’y avons vu que du feu, ca il est toujours difficile de voir la relation entre l’énoncé du plat et le résultat dans l’assiette… Il y avait marqué « poulet printanier et sa jardinière de légumes », on nous a servi des petits pois, des cubes de carottes et un morceau de… ben de viande.
Mais alors après, juste après le repas, les paroles sont devenues hyper agressives, hystériques, aigues… bruyantes. Les visages sont devenus rouges et tordus. Les bras se sont croisés. Et le résultat a été que personne n’est allé chercher les élèves dans la cour.
Madame Doutretombe en entendant ce refus de travailler, s’est décomposée, puis a hurlé… si fort qu’elle est devenue aphone quelques jours.
Le choc a été tel que la pression sanguine lui joué, elle aussi, un vilain tour : Madame Doutretombe a failli perdre un œil ! Elle ne doit son salut qu’à Nadine Ricard, la secrétaire dévouée, qui a appelé le major Sérapin Pompello, le chef des pompiers de la caserne d’à côté. C’est que l’on a beau être entouré d’affiches publicitaires pour les premiers secours, on est était pas convaincu de vouloir les prodiguer !
Après ça, Madame Doutretombe s’est enfermée dans son bureau pendant plusieurs semaines, en ayant placardé son arrêt maladie sur sa porte et en ne répondant à personne.
Mlle XY a dû gérer toute seule, et les jours passant, elle a commencé à arriver de plus en plus tard, abandonnant progressivement son tailleur pour des tenues décontractées à trois rayures verticales et fermetures éclairs. Je crois même qu’un matin, la brosse à cheveux avait dû elle aussi se mettre en grève… ou alors elle nous rejouait la période postpunk mais sans le bandeau !
Bref… La fin de l’année a été apocalyptique… Mlle XY a changé de collège et le le Rectorat nous a envoyé le messie pour la rentrée… Amen!
Comme plusieurs mois se sont écoulés (de façon absolument non paisible) je ferai peut-être des retours de temps en temps….Afin de bien suivre…
3 fév
j’ai été convoquée dès 8h30 dans le bureau de Madame Doutretombe. Celle-ce recevait le père d’une élève exclue fraîchement par conseil de discipline. Le papa qui n’était pas aux côtés de sa fille le jour fatidique, souhaitait tout de même connaître quelque explication… La jeune fille avait été exclue pour sa participation à l’agression d’une élève du collège. Elle avait nié sa présence sur les lieux du crime devant l’assemblée d’élus. Elle a été exclue, ne bénéfiçiant pas de la même clémence qu’une autre élève qui avait nié également sa participation mais avait reconnu avoir menacé la victime. Elle avait justifié la véhémence de ses paroles en invoquant la colère devant un fait non avéré dont elle était accusée… Pour cela, la justice scolaire avait tranché: 8 jours de mise à pied! juge unique, juge inique, juges multiples, juges cyniques!
Arrivée dans le bureau avec un peu de retard, Mme. Doutretombe, expliquait au papa que compte tenu du comportement de sa fille au collège, cette dernière méritait de toute façon, une exclusion. “Mais, continuait-elle, la question ne se pose même pas, puisque votre fille a reconnu les faits qui lui était imputés“! Un professeur était présent, et en entendant cela, mes yeux oscillaient entre l’accorche du professeur et la première ligne du procès verbal du conseil: “A l’évocation des faits reprochés, Fatou nie sa présence et sa participation fermement”. J’étais abasourdie! Et c’est en arrière fond que j’ai entendu la voix aigue de Madame Doutretombe dire:
“Madame Horsoie, ici présente et conseillère d’éducation de son état peut le confirmer…”
Elle me regardait avec insistance, je prolongais ce regard opiniâtre dans celui du professeur, qui me rendait une vacuité toute aussi déconcertante… Je me suis entendue répondre:
“Je suis désolée, je ne peux pas rester, il y a une urgence en bas” et suis sortie en sueur!
Une heure plus tard, j’avais deux témoins dans mon bureau et passais un coup de téléphone au brigadier en charge de l’enquête, en prenant soin d’allumer le haut parleur. Interrogé sur l’enquête, le brigadier a paru déconcerté et m’a demandé de quelle source bénéficiait Madame Doutretombe, puisque lui-même ne pouvait en l’état ne tirer aucune conclusion!
Sitôt raccroché, je recevais l’appel d’un officier plus gradé, d’un autre service et qui connaît bien Madame Doutretombe, puisque lui-même participe aux actions des premiers secours. Nous avons eu un échange étonnant, toujours avec le haut-parleur.
“Madame Horsoie, vous allez bien? ET le trajet pour venir au collège ça se passe bien? Vous venez comment? à pied? à vélo? Parce qu’il faut faire attention, hein? hahaha”…
Je restais impassible, incapable de savoir où il voulait en venir! Puis il m’a parlé du papa de Fatou qui était venu le voir au sujet de l’affaire. Il ne pouvait pas dire grand chose car ce n’est pas lui qui suivait le dossier et donc qu’il n’avait pas tout les éléments… Je lui ai répondu
“Vous m’en voyez surprise puisque Madame Doutretombe détient des informations essentielles et explique à qui veut qu’elle les tient de vous…”
“Ah mais ce n’est pas possible puisque je ne connais pas l’avancée de l’enquête”
“Mais pourtant, elle nous a dit que vous aviez déjeuner ensemble le 20 décembre et que vous lui avaiez alors dévoilé l’établissement des faits”
“oui, euh oui, oui, mais je connais preque rien au sujet de cette affaire”!
Nous étions trois à être témoin d’un mensonge de Madame Doutretombe… ce qui ne pouvait me surprendre puisqu’elle avait menti une heure avant et effrontément au père d’une élève…
23 jan
Le rapport commence comme ça : « Youssef perturbe sans cesse le cours. Hier, alors que j’écrivais au tableau, Youssef s’amusait à imiter des miaulements. Lorsque je me suis retournée pour lui demander de bien vouloir cesser, Youssef a répondu qu’il avait un chat dans la gorge ».
Jusque là, nous sommes tous hilares lorsque Mme Daimon nous fait la lecture de son rapport à 10h pendant la récréation. Elle nous explique que reprenant son cours après plus d’un quart d’heure de discussion pour avoir le carnet de correspondance de Youssef (comme si ce dernier le montrait régulièrement à ses parents!), Christophe L. un élève de la classe s’est mis à pouffer de rire jusqu’à se plier sur la table. Interrogé sur la cause de cet excès de joie qu’elle ne pouvait relier à son explication sur le courant alternatif, Christophe a expliqué à Mme Daimon entre deux reprises de souffle, qu’il venait de faire le lien entre chat dans la gorge et miaulement. A partir de ce moment, un tiers de la classe a exprimé une moquerie bienveillante à l’égard de Christophe, un autre tiers s’est éveillé de la léthargie dans laquelle il était plongé : trop de bruits (certains élèves dessinant sur des feuilles volantes, d’autres feuilletant les pages de sport de journaux gratuit et certaines se vernissant les ongles). Le dernier tiers, lui, était tétanisé, attendant une réaction fulgurante et désagréable de Mme Daimon qui est restée impassible jusqu’à la sonnerie.
Au même moment à l’étage du dessus, un cours de mathématiques tentait de se dérouler dans une classe composée de dix élèves (les autre séchaient, pensant inutile de se présenter à un cours donné par un professeur remplaçant). Tous avaient sur eux un blouson fermé jusqu’au menton et l’un d’eux n’avait pas jugé pertinent de retirer son bonnet. Les cahiers apparaissaient ça et là, histoire de faire bonne figure puisqu’ils n’étaient pas ouverts. Un des dix élèves, Francis, ne faisait pas de bruit et trouvait injuste que le professeur lui demande de sortir ses affaires et de ranger sa game boy : « ça va Madame, j’embête personne, c’est quoi votre problème ? ». Alors que la prof perdait ses moyens et commençait à crier rouge, cinq élèves ont débarqué dans son cours pour donner des coups de pieds dans l’armoire et soulever la porte de ses gonds… La prof suivait le même mouvement !
Au moment de l’intercours, les élèves de toutes les salles sont sortis en furie, hurlant et lançant des chaussures. Il pleuvait à verse, dès lors comment les mettre dehors ?
Je surveillais comme je pouvais jusqu’au moment où j’ai vu Cassandra écrire sur un mur. Je me suis approchée, ses copines ne sont marrées et écartées. Cassandra, de très bonne humeur riait regardant à droite, puis à gauche en disant : « quoi ? Quoi ? », Puis elle s’est retournée, le stylo à la main, pas rebouché et m’a dit : « oui, mais il n’y a pas mon nom ! » . Je lui ai dit qu’elle aurait un rapport.
Un bon début de journée !
19 jan
Lundi…Pas vraiment comme un lundi ! Un lundi pire, en fait ! La mauvaise humeur était comme le temps, tenace, humide, poisseuse. J’avais pu ruminer tout le week-end les évènements des semaines précédentes qui s’accumulaient méchamment, s’agglutinant de façon visqueuse et indécrottable. J’ai dû mettre une bonne heure avant d’allumer la lumière dans mon bureau parce que je ne sentais pas trop l’esprit « fiat lux » là, comme ça !
L’ascenseur était toujours en panne ! Un réparateur est bien passé, mais vendredi à 22h30, la porte du collège était fermée ! Ce matin donc, aucune possibilité d’ascension vers les sommets de la connaissance… Certains élèves sont venus me trouver… « On est là mais on ne peut pas aller en cours… ». En ayant assez de panser les plaies, j’ai opté pour le profil bas (bête !). Je suis allée trouver Mlle XY dans son bureau tous feux éteints également…
Evoquant le problème récurrent du porté non artistique des élèves sur le dos des surveillants, Mlle XY s’est mordue la lèvre et m’a dit : « ah, bah oui mais ça… Faut voir Mme Doutretombe » ! (je ne sais pas pourquoi, mais souvent très souvent, je pense à un album d’Astérix !).
Je suis retournée dans mon bureau pour coucher le problème sur le papier, suggérant de concentrer les cours des classes concernées au premier étage et rez-de-chaussée. Devant ma jolie écriture « times new roman », Mme Doutretombe ne m’a pas envoyé balader. Elle a dû penser : « ah ! Un problème fastoche, elle va voir la petite Horsoie comme je suis efficace, quelle cruche alors ! » avec un grand sourire, elle m’a dit : « mais bien sûr, regardez je fais ça tout de suite. Nadine !!! Nadine, pouvez vous me dire dans quelle salle a cours Mme Machin »… Au bout de quinze minutes, Mme Doutretombe avait réglé la situation-problème : « Ben voilà, vous proposez aux professeurs de prendre une salle libre au premier étage » ! Là, je pensais, un peu ironiquement il faut l’avouer : « Eurêka » ! Du coup je suis allée allumer la lumière dans mon bureau !
Plus tard dans la matinée, un professeur, M. Dubrovnic, a renvoyé un élève insolent de son cours, demandant au délégué-accompagnateur d’emmener le perturbateur dans le bureau de Mlle XY… Celle-ci aurait répondu aux deux élèves : « Vous retournez en cours, ce n’est pas mon job ! » M. Dubrovnic a fait une drôle de tête en réintégrant l’exclu…
Pendant ce temps, je ne faisais probablement pas mon job non plus en accueillant Ilyes et son bonnet, Joachim et son sac vide, Mamadou accompagné de son portable et Kamel avec sa doudoune. En y pensant, je me demande si ma note va être baissée par Madame Doutretombe lorsqu’un jour, parcourant de ses yeux la circulaire encadrant mon métier, elle se rendra compte que quotidiennement, je ne fais pas mon job !
J’ai quand même rit un peu ce matin – jaune bien sûr, car c’était la couleur blason de la journée-. Deux enseignants, présents dans mon bureau ont pu entendre la conversation que je tenais avec deux gradés de la police et qui chacun leur tour ont confirmé par leur rapport détaillé que Madame Doutretombe n’était autre que la sœur cachée de Pinocchio… (je garde cette anecdote croustillante pour plus tard).
Le pompon a été caressé vers 12h,par la prof de sport, Mme Estuère. Celle-ci, le visage hagard, est entrée, me demandant si je pouvais surveiller les élèves dans la cour, car elle venait de recevoir une bouteille pleine d’urine sur la tête. Le vase était plein, ne manquait que la goutte d’eau…
A 14h, le collège débrayait… les élèves s’excitaient dans la cour humide, les sixièmes venant me voir en me demandant s’ils étaient punis parce que les 3ème 6 avaient fait pipi une fois de trop dans les couloirs !
18 jan
Vendredi matin, un surveillant passe la tête dans l’embrasure de la porte qui mène à mon bureau. J’étais avec ma collègue, en train de râler et de recenser tout ce qui était allé de travers cette semaine.
Le surveillant nous lançait un appel au secours. Il était 8h50.
Une enseignante venait de renvoyer une classe entière… Oui, une classe entière car les élèves n’avaient pas leur trousse ou refusaient de la sortir. Deux propositions : ma collègue demandait au surveillant de raccompagner les élèves en classe ; je suggérais de les mettre tous en salle de réunion, en face du bureau de Mme Doutretombe la principale, qui passe son temps à chantonner « tout va bien » !
La porte s’est de nouveau ouverte, laissant cette fois passer l’enseignante, Madame Taromes qui n’a pas réussi à finir sa phrase, éclatant en sanglot. Il était 8h55 et entre deux saccades, j’entendais « Je n’en peux plus… Il n’y en avait pas un… aucun élève n’avait de trousse… pas de stylo… rien… Ils étaient là, aucune affaire sur la table… s’invectivant… demandant au voisin s’il avait un stylo… j’en peux plus… Je suis désolée »
Le silence régnait, rompu par l’ouverture déchirante d’un paquet de mouchoirs en papier… Nous étions abattues, enfermées dans mon bureau comme dans un donjon. C’est au moment de la récréation que Fatima, une élève en constant besoin d’attention qui squattait le bureau des surveillants alors qu’elle aurait dû être dans la cour avec ses camarades à attraper des engelures, que j’ai eu l’explication du bazar des deux premières heures de la matinée…
Fatima m’a dit : « Eh Madame, C’est la grève des trousses aujourd’hui ! »…
« Pardon ? »
« Oui, tout le monde a envoyé des textos dans les classes pour dire de venir au collège sans trousse ou de la laisser dans le cartable pendant au moins dix minutes, c’était pour embêter les professeurs »
J’ai été prise d’un fou rire difficile à cacher… Je me suis tellement mordue les joues que j’ai encore mal !
Nda: Après une petite “recherche” sur internet, j’ai découvert que la grève de la trousse était un évènement d’envergure nationale… des messages sur Twitter, une page FB! Notre collège participait solidairement à une véritable campagne nationale! Nous n’avons pas encore compris les revendications… Le fossé générationnel?